La Ville Hivernale au patrimoine de l’UNESCO

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Conseil métropolitain du 12 juillet 2016

Délibération 0.5 – Candidature de la promenade des Anglais et de la Ville hivernale à l’inscription par l’Unesco sur la liste du Patrimoine mondial

Il s’agit de notre soutien à la candidature de la promenade des Anglais et de la Ville hivernale à l’inscription par l’Unesco sur la liste du Patrimoine mondial.

Y a-t-il des interventions ? Monsieur Aral, vous avez la parole.

M. ARAL.

Merci Monsieur le Président.

Vous demandez au conseil métropolitain de soutenir le projet porté par la ville de Nice de faire inscrire sur la liste du Patrimoine mondial la promenade des Anglais et la Ville hivernale.

Vous savez que nous n’étions pas très favorables à cette demande d’inscription dans la mesure où cette démarche est coûteuse et que même si elle devait être couronnée de succès, l’inscription de la Promenade ne générerait pas une augmentation significative du tourisme. À plus forte raison l’inscription de la Ville hivernale, expression absconse pour les touristes. Et pas que pour les touristes, pour les Niçois aussi.

Ces démarches permettent surtout à M. Aillagon, cet ami qui veut du bien à Nice comme le présente cette semaine Valeurs actuelles, de se mettre en avant pour sa propre communication personnelle.

Je parlais du caractère abscons de l’expression « Ville hivernale », je souligne au passage que ce langage pédant est omniprésent dans les délibérations.

Par exemple, parler de la candidature de la promenade des Anglais à l’inscription n’a pas de sens. La promenade des Anglais n’est en rien candidate, ce n’est pas une entité morale. C’est la ville de Nice qui demande l’inscription de la Promenade, ce n’est pas la Promenade qui est candidate.

Dans le même registre de sophisme et de rhétorique un peu niaise, j’ai appris en lisant les considérants que l’une des spécificités reconnues de la métropole était la complémentarité géographique des zones littorales avec celle du moyen et du haut pays. Je n’avais jamais pensé que la zone littorale était géographiquement complémentaire de la zone non littorale.

J’ai appris aussi, en lisant les considérants, que les liens historiques qui unissent la ville de Nice à son arrière-pays étaient anciens et nombreux. C’était d’une impérieuse nécessité que de l’énoncer aux ignares conseillers métropolitains que nous sommes.

Enfin, je ne résiste pas au plaisir de vous lire ce considérant :

Considérant que les influences culturelles et sociales entre la ville de Nice et les communes voisines ont marqué dans les deux sens le développement de ces collectivités et en font aujourd’hui un élément essentiel de son caractère universel.

Le caractère universel de quoi ? On ne sait pas, mais c’est un élément essentiel de son caractère universel. Il fallait placer le mot « universel », c’est vrai, alors pourquoi pas là ?

Même la question principale est mal rédigée, non seulement d’un point de vue sémantique, puisqu’il est proposé au conseil métropolitain d’apporter son soutien à la candidature de la Promenade, mais surtout mal rédigée sur le plan juridique, car les conséquences financières de ce soutien sont éludées, or j’imagine bien que la Métropole va devoir participer.

M. LE PRÉSIDENT.

Si vous pouvez conclure.

M. ARAL.

Je vais conclure, merci.

La Métropole va devoir participer au financement des campagnes de soutien et au financement des petites sauteries de M. Aillagon pour porter ce bébé bien mal engagé au siège de l’Unesco et nous n’avons aucun chiffrage sur cet engagement financier. D’aucuns pourraient penser que cette délibération est volontairement mal rédigée pour enfumer les contribuables ; je crains personnellement qu’elle soit mal rédigée par incompétence.

J’espère en tout cas que le dossier pour l’inscription par l’Unesco…

M. LE PRÉSIDENT.

Monsieur Aral, vous avez dépassé de deux minutes votre temps de parole.

M. ARAL.

… n’est pas aussi inintelligible que cette délibération, auquel cas nous aurons des raisons d’être pessimistes.

Vous vous doutez bien que nous n’allons pas voter cette délibération.

M. LE PRÉSIDENT.

Je l’avais compris dès le début, vous n’aviez pas besoin de cela pour nous le faire comprendre.

Je précise simplement qu’il n’y a pas de soutien financier de la Métropole, contrairement à ce que vous avez dit.

M. ARAL.

On verra bien.

M. LE PRÉSIDENT.

C’est un soutien de la Métropole au dossier, ce n’est pas un soutien financier, c’est un soutien moral. Si vous refusez le soutien moral à l’égard de la promenade des Anglais, Monsieur Aral, les Niçois apprécieront ainsi que les habitants de la métropole.

Monsieur Allemand, vous souhaitiez vous exprimer ? Vous avez la parole.

M. ALLEMAND.

Monsieur le Président, mes chers collègues, nous allons voter cette délibération parce que depuis le début nous soutenons ce projet d’inscription de la Promenade au Patrimoine mondial de l’Humanité.

Nous le soutenons parce qu’il s’agit d’une opportunité pour la métropole et notamment d’une importance stratégique dans le cadre de son développement touristique. Néanmoins, je voudrais faire quelques remarques et suggestions.

Vous nous proposez aujourd’hui de soutenir l’inscription de la promenade des Anglais et de la Ville hivernale. C’est la première fois qu’apparaît ce concept de « ville hivernale » associé avec la promenade des Anglais. J’aurais aimé que ce débat ait lieu en conseil municipal afin qu’ici, en conseil métropolitain, nous puissions soutenir le projet précisément retenu par la ville de Nice, plutôt qu’un projet dont l’extension n’a ni été débattue, ni votée en conseil municipal.

Je dis cela parce que l’ajout de la ville hivernale n’est pas neutre, c’est même un choix stratégique important qui mérite discussion, d’autant que le concept n’est pas forcément évident pour tous les Niçois alors que l’inscription d’un environnement au Patrimoine mondial nécessite la mobilisation et l’adhésion de tous les habitants.

Qu’est-ce que la ville hivernale niçoise ? En gros, c’est la ville qui correspond aux lieux de villégiatures d’hiver : les hôtels, les palais, les immeubles qui ont été créés aux alentours de 1800 et jusqu’en 1930, puisque ensuite, le tourisme d’été, avec les congés payés, a supplanté le tourisme d’hiver.

C’est la ville hivernale qui a contribué à faire de Nice une ville cosmopolite. En 1880, il y avait 25 000 touristes d’hiver à Nice. La ville est devenue cosmopolite, avec un apport exceptionnel venant bien sûr d’Angleterre (6 000).

Monsieur le Président, vous nous avez accordé généreusement une minute par dossier sur des dossiers dont nous n’avons strictement rien à faire.

M. LE PRÉSIDENT.

Ne perdez pas plus de temps, allez-y, acheminez-vous vers la fin.

M. ALLEMAND.

Il est intéressant de souligner le cosmopolitisme de la ville, mais autant le dire franchement, je m’interroge sur la pertinence de la notion de ville hivernale pour le classement au Patrimoine mondial de l’Unesco.

La ville hivernale, c’est un périmètre assez vaste, située surtout sur la rive droite du Paillon et englobant le quartier des musiciens mais aussi le Parc impérial, les Baumettes, Carabacel et même Cimiez avec le Regina, le quartier russe allant de la gare SNCF jusqu’au Country Club.

Mais ce concept exclut toute la rive gauche, c’est-à-dire la ville historique qui comprend la vieille ville, Garibaldi, le Château et le port.

Or, depuis le départ j’ai toujours défendu l’idée qu’il fallait étendre le périmètre de la Prom’ jusqu’au port de Nice.

Pour les Niçois, la Prom’ comprend les Ponchettes, Rauba Capéu et le port de Nice, car sans la vieille ville et sans les Niçois, il n’y aurait eu ni promenade des Anglais, ni ville hivernale.

M. LE PRÉSIDENT.

Ce n’est pas pour être désagréable avec vous mais simplement, on essaye de respecter le règlement ; vous êtes à deux minutes de dépassement de temps de parole. On a compris que vous ne vouliez pas de la ville hivernale, voilà.

M. ALLEMAND.

Non, non, en plus vous n’avez pas compris !

M. LE PRÉSIDENT.

Alors allez-y, concluez, mais concluez.

M. ALLEMAND.

Si nous n’en voulions pas, nous ne le voterions pas ; or je vous ai dit que nous allions le voter.

M. LE PRÉSIDENT.

Il y a d’autres dossiers ensuite. On n’est pas là pour refaire l’histoire, cela fait trois ans qu’il y a des colloques sur ce sujet, avec des spécialistes bien meilleurs que vous et moi.

M. ALLEMAND.

On a quand même le droit d’avoir un état d’âme là-dessus, une interrogation. Pour résumer, c’est un dossier que nous soutenons depuis le début, que nous continuons à soutenir, mais nous avons un état d’âme et nous nous demandons si ce concept de ville hivernale, au lieu d’améliorer l’attractivité du dossier, ne va pas la fragiliser. C’est le problème. Mais nous voterons pour.

M. LE PRÉSIDENT.

Que ce soit vous ou moi, j’estime que nous ne sommes pas les meilleurs historiens, scientifiques, intellectuels, archéologues, architectes et tous ceux qui ont contribué à bâtir ce dossier. Ce n’est pas mon avis, ce n’est pas le vôtre. Nous avons aujourd’hui engagé une démarche sérieuse qui est considérée par le ministère de la Culture comme un des dossiers les plus sérieux et qui maintenant, d’ici la fin de l’année, après six ans de travaux, devrait nous permettre (j’utilise bien le conditionnel pour être prudent même si j’ai une quasi certitude) de voir le ministère de la Culture retenir notre dossier sur la liste indicative qui sera transmise à l’Unesco.

Des colloques scientifiques se sont tenus ici même, avec des experts venus du monde entier. Ce n’est pas un dossier touristique, et d’ailleurs si vous donnez la seule dimension touristique à un dossier de candidature au Patrimoine mondial de l’Unesco, cela montre bien, Monsieur Aral ou Monsieur Allemand qui évoquez le problème du tourisme, que vous êtes à côté de la plaque, puisqu’évoquer le tourisme c’est voir le dossier recalé immédiatement auprès de l’Unesco. L’Unesco ne classe que sur des critères culturels et pas sur des critères touristiques. Ce qui compte c’est ce qui se passait il y a 25 siècles, il y a 20 siècles, il y a 15 siècles. Il y a une histoire. Quand on pense que la baie de Copacabana est classée au patrimoine mondial de l’Unesco et qu’elle a une histoire de moins d’un siècle quand la promenade des Anglais, qui a une histoire de 25 siècles, ne l’est pas !

C’est sur la base de références historiques, sur la base d’un patrimoine auprès duquel se sont succédé les Phocéens, les Grecs, les Gallo-Romains jusqu’à l’époque médiévale, la ville baroque qui est là et aux côtés de laquelle se sont juxtaposées des architectures parmi lesquelles l’architecture victorienne, celle de la Belle Époque, celle de l’Art Déco, celle de l’art contemporain désormais avec la statue de Sosno sur l’Élysée Palace et d’autres marques encore comme celle des Années folles. C’est en même temps une histoire profonde où se sont succédé des artistes- peintres, des intellectuels, des musiciens, Berlioz qui a écrit Le Roi Lear au pied de la tour Bellanda, des philosophes comme Nietzsche qui sont venus chercher leur inspiration ici, Marie Bashkirtseff, bien d’autres encore, ou encore Matisse ou Chagall pour les plus récents de nos peintres contemporains. C’est tout cela.

Sans compter les périodes de l’histoire qui ont été marquées, lorsque le Saint- Suaire a quitté Chambéry où il était abrité par le duc de Savoie : en 1500 et quelque, Chambéry était envahi par les Français et le duc de Savoie a mis à l’abri le Saint-Suaire dans la forteresse du château, c’est à ce moment-là que le pape Paul III a demandé au roi François 1er et à l’empereur Charles Quint de venir signer la paix ici, à Nice. Ce n’est pas rien, un pape, Charles Quint, François 1er qui sont venus ici sur la promenade des Anglais signer la paix en présence du Saint-Suaire qui aura séjourné à trois endroits dans son histoire : à Chambéry, à Nice et à Turin où il se trouve désormais.

Et je pourrais comme ça vous en raconter pendant des heures.

C’est tout ceci, y compris des éléments dans un contexte environnemental, puisque c’est ici que nous trouvons la plus grande biodiversité de mammifères marins, plus que dans les eaux de Floride, avec 23 espèces de dauphins, des cachalots, des baleines, des tortues de mer, qui font que la référence environnementale, la référence historique, la référence culturelle, la référence patrimoniale sont autant d’éléments de la richesse extrêmement dense de ce dossier.

Ville hivernale, je n’ai pas à juger, tous ceux qui ont rédigé le cahier des charges et sont au fait même des critères retenus par les experts du ministère de la Culture français, qui sont venus ici à trois reprises déjà, nous disent que ce qui a bâti la promenade des Anglais c’est la ville d’hiver. C’est la saison d’hiver qui, aux 18e et 19e siècles, a permis de bâtir la promenade des Anglais.

Ce n’est pas pour en faire un élément de communication, c’est pour en faire un élément de densité dans le dossier.

M. ARAL.

Votre temps de parole, Monsieur le Président !

M. LE PRÉSIDENT.

C’est un élément important si nous voulons faire aboutir ce dossier et obtenir le classement. Et, si je regarde tous les dossiers classés au Patrimoine mondial de l’Unesco, puisque vous faites référence au tourisme, il se trouve qu’une fois qu’un dossier est classé au Patrimoine mondial de l’Unesco, on relève dans les deux, trois ou quatre années qui suivent que la fréquentation de ce site par des visiteurs extérieurs augmente de 30 à 40 %.

Alors que veut-on ? Qu’il soit classé ou qu’il ne soit pas classé ? On veut tenir compte des critères qui nous sont indiqués par les experts du ministère de la Culture ou on ne veut pas tenir compte des critères qui sont donnés par les experts du ministère de la Culture ? Ici, nous prenons en compte les critères qui sont soulignés et que les experts nous demandent de prendre en compte.

Quant aux remarques désagréables que vous avez faites à l’égard de M. Jean- Jacques Aillagon qui fut un grand ministre de la Culture, un grand conservateur du musée de Versailles et auquel nous devons la réussite de deux grandes expositions qui ont accueilli 260 000 à 280 000 visiteurs, que ce soit « Un été pour Chagall » il y a trois ans, ou « Un été pour la promenade des Anglais » l’été dernier, il n’y a pas de problème, vous pouvez contester la dimension qui est la sienne et qui lui permet aujourd’hui de rassembler sans doute plus que n’importe lequel d’entre nous sur ce dossier, des gens qui peut-être ne seraient pas venus travailler sur ce dossier, partout dans le monde, pour lui donner la dimension qui est la sienne et aujourd’hui en faire un des dossiers qui sont en tête de liste de tous ceux qui seront sans doute présentés par le ministère de la Culture sur la liste indicative auprès de notre ambassadeur à l’Unesco.

Si vous avez voulu faire ce matin de la ville hivernale de Jean-Jacques Aillagon, des coûts financiers qui ne sont pas dans ce dossier puisqu’il n’y a pas de soutien financier demandé à la Métropole, un sujet de polémique en ce début de séance à notre conseil de métropole, pardon, c’était petit, c’était médiocre, mais ce n’est pas un problème. Ici, nous voyons grand pour notre ville, pour notre métropole, parce que la promenade des Anglais est un patrimoine universel, c’est un patrimoine de toute la métropole de Nice Côte d’Azur qui contribue à tout son rayonnement comme le Parc national du Mercantour peut contribuer au sien.

C’est dans cet état d’esprit que notre majorité, au-delà de tout clivage idéologique et politique, propose à l’ordre du jour de notre assemblée qu’un soutien soit apporté, pas un soutien financier mais un soutien moral, un soutien intellectuel,

un soutien institutionnel au dossier du classement au Patrimoine mondial de l’Unesco de la promenade des Anglais.

Je le mets aux voix.

La délibération n° 0.5, mise aux voix, est adoptée à la majorité absolue.

Votent contre :

  • Mme FERON
  • M. ARAL (pouvoir de M. DOMERGUE)

S’abstiennent :

  • Mme ARNAUTU
  • M. VANDERBORCK
  • Mme GEORGES

Eh bien, ce sera retenu. Je demande vraiment aux services de communication de la Métropole de mettre l’accent, dans le compte-rendu de cette séance, sur les oppositions et les abstentions sur ce dossier qui, le jour où il sera classé, rentrera dans l’histoire de 25 siècles et on retiendra que vous avez osé vous opposer ou vous abstenir. J’en fais un point d’honneur plus que tout autre sujet, parce qu’avoir cette position pour cette terre, ce patrimoine, je peux vous dire qu’il y a sans doute des gens qui ont voté pour vous et qui ne voteront plus jamais pour vous rien que par cette position. Cela, on ne va pas manquer de le rappeler en permanence. C’est marqué au fer rouge et c’est labellisé. Merci, vous nous rendez énormément service.

Il est donc adopté.