Événement Nice 2019 – L’odyssée du Cinéma

Conseil municipal du jeudi 7 février 2019

Délibération 35.1 – Evènement Nice 2019 – L’odyssée du Cinéma – Convention de partenariat culturel avec les exploitants privés des salles de cinéma de Nice dans le cadre du « Festival Rétrospective Victorine ».

 M. ROUX.

Monsieur le Maire, mes chers collègues, cette délibération a pour objet la convention de partenariat culturel avec les exploitants privés des salles de cinéma de Nice, dans le cadre du Festival Rétrospective Victorine. Du 29 mars au 7 avril, tous les cinémas de la ville présenteront les films emblématiques tournés à la Victorine.

Il est donc proposé au Conseil municipal de bien vouloir approuver les termes de la convention de partenariat culturel à intervenir avec les exploitants des salles privées de cinéma, partenaires de l’opération, pour une durée d’un an.

M. LE MAIRE.

Je vous remercie. J’ai une demande d’intervention du groupe Un autre avenir pour Nice, Monsieur Allemand.

M. ALLEMAND.

Monsieur le Maire, nous votons plusieurs délibérations qui concernent le centenaire de la Victorine, sous l’autorité de trois de vos adjoints ou conseillers délégués. Il va donc y avoir beaucoup de communications et de manifestations culturelles pour célébrer le centenaire de nos studios. Mais, ce n’est pas le décor qui m’intéresse, c’est le fond. Et le fond, c’est demain, lorsque l’année du centenaire sera achevée : quel sera l’avenir de la Victorine ?

Je suis toujours aussi vigilant et inquiet car la spéculation immobilière est tapie dans l’ombre et guette le moment pour intervenir. Or les nouvelles qui me viennent de la Victorine ne sont pas de nature à nous rassurer.

A priori, le rapport n’a pas encore été communiqué aux conseillers municipaux qui siègent au titre de la mise en régie municipale. En tout cas, Paul Cuturello, qui a dû s’absenter et qui représente notre groupe, ne l’a pas encore reçu. Aucune stratégie commerciale n’est actuellement développée. Or c’est indispensable pour trouver des clients. Le restaurant est toujours fermé. Et on nous annonce des augmentations de loyer importantes qui ne sont pas de nature à attirer de nouvelles sociétés.

Voilà donc un aperçu de ce qui se passe derrière le roi du cinéma. Nous voterons cette délibération, mais j’aimerais que vous nous parliez de votre vision sur l’avenir de ce projet.

M. LE MAIRE.

Monsieur Roux ? C’est votre délégation, et vous la gérez parfaitement. Je rajouterai un mot.

M. ROUX.

Monsieur le Maire, je crois que le doute sur la spéculation immobilière qu’il peut y avoir à la Victorine a été levé déjà depuis pas mal de temps puisque l’endroit a été maintenant protégé de toute spéculation immobilière. Je pense que cette crainte est sans objet.

Quant au devenir de la Victorine, il y a déjà eu la présentation à la presse, il y a quelque temps, du rapport superbe qu’a fait Eric Garandeau, et qui montrait combien tout le monde du cinéma nous appuie et nous aide pour développer ces studios. Je crois qu’il n’y a pas tellement de craintes à avoir dans ce domaine-là. Tous les témoignages que nous pouvons avoir aujourd’hui des professionnels du cinéma nous montrent que nous sommes sur la bonne voie et que, au contraire, ces professionnels attendent le développement de la Victorine avec impatience car, j’allais dire, selon la phrase de Vauban, « le passé répond de l’avenir ». Mais, c’est vrai que le passé de la Victorine est magnifique et encourage énormément, aujourd’hui, tous les producteurs à revenir sur la Victorine.

Un certain nombre de choses sont prévues pour la développer, elles seront présentées, elles ont déjà été présentées en partie. D’autres présentations seront faites prochainement. Je n’ai, pour ma part, aucune crainte sur l’avenir de la Victorine, au contraire il s’avère parfaitement positif.

M. LE MAIRE.

Merci, cher Robert Roux, pour le travail et le suivi que vous faites de ce dossier. Mais, Monsieur Allemand, ne prenez pas le chemin du Rassemblement national en essayant de susciter des craintes et des peurs, alors que vous savez qu’elles sont levées. Au fond, je pourrais vous poser cette question : peut-être que vous trouviez la situation antérieure, qui perdure depuis près de 30 ans, absolument satisfaisante. Ce n’est pas moi qui ai passé les précédentes DSP. Mais, la première DSP que j’aurais dû passer, c’était celle qui mettait un terme à la DSP existante au 31 décembre pour, le 1er janvier dernier, récupérer la Victorine. Si j’avais dû avoir les visées que vous soupçonnez, sans doute n’aurais-je pas fait ce choix.

J’ai été interrogé, en tant qu’administrateur du Festival de Cannes, par l’ensemble des syndicats des producteurs, de metteurs en scène, de tout ce qui existe comme professions, scénaristes et autres dans le monde du cinéma français, il y a maintenant 2 ans de cela. Et je leur ai dit : de deux choses l’une, soit je renouvelle une DSP pour regarder comment on peut continuer à faire vivoter les studios de la Victorine, soit je les reprends en régie avec la ferme intention de redonner à ces studios la dimension qui doit être la leur. Mais, je le ferai à une condition, c’est que vous m’assuriez tous, vous qui m’interrogez aujourd’hui, que vous prendrez votre part parce que la Victorine est un patrimoine national, je dirais même planétaire, universel. Depuis les Frères Lumière jusqu’à aujourd’hui, quelques-uns des plus grands tournages qui ont marqué l’histoire du cinéma y ont été tournés. Donc, fort de leur soutien, j’ai choisi de vous soumettre la reprise des studios de la Victorine.

M. ALLEMAND.-

Nous avons voté pour.

M. LE MAIRE.

Si vous l’avez approuvé, c’est que vous aviez confiance dans ce que nous avons proposé, et que vous n’avez aucune raison d’émettre des inquiétudes, des doutes ou des soupçons aujourd’hui.

Nous avons présenté publiquement le projet avec Robert Roux, il y a quelque temps, il est assez éloquent. Donc, les studios de la Victorine ne seront pas un lieu de spéculation foncière puisque le projet dont nous sommes en train de finaliser les dernières études aujourd’hui, en interrogeant aussi tout le monde, repose sur un juste équilibre, sachant que les studios de cinéma en France vivent difficilement. Il suffit de regarder les studios de Paris, gérés par Luc Besson, qui ont du mal. Et pourtant, ce sont des studios de dernière génération. La France arrive encore à avoir des tournages, et Nice a près de 200 jours de tournage par an, aujourd’hui. Pas en studio, plutôt en espaces urbains naturels parce que j’ai mis en place une politique d’accueil des tournages où nous mettons à disposition des espaces publics. Je me rappelle, il y a un dizaine d’années, lorsque j’impulsais cette politique, avec une convention avec le CNC, que j’avais quelquefois des pétitions parce que l’on bloquait, pendant un certain temps, la place Masséna, la place Garibaldi. Lorsque Woody Allen est venu tourner, pendant trois mois, Magic on the Moonlight, à Nice, on a bloqué l’opéra, la rue Saint-François-de-Paule, Garibaldi, on a rendu disponible l’observatoire, etc., avec des gens qui étaient plus ou moins contents. Et puis, les Niçois se sont habitués à voir, au fur et à mesure, sur les productions cinématographiques, leur ville mise à l’honneur, et ont fini par s’approprier cette politique cinématographique.

Aujourd’hui, les grandes productions demandent trois choses :

  • La mise à disposition d’espaces publics – nous avons su le
  • Des équipe sur place – et il a fallu que nous impulsions, notamment avec l’université de Nice, et on va encore monter en puissance, des formations qualifiantes pour que les petites équipes de production, où vous avez juste le noyau central qui vient aujourd’hui, avec le producteur et l’équipe qui se limite à une dizaine ou une douzaine de personnes, trouvent sur place des costumiers, des techniciens, des ingénieurs du son, etc. Et donc, on est entré sur un cycle de formation où, de plus en plus, nous sommes en mesure d’apporter des réponses aussi à cela ; ce qui nous rend
  • Avoir des lieux de tournage extérieurs et intérieurs. Prenons la saison 2 de la série Riviera qui se tourne en ce moment, et dont les scènes se tournent au Fort du Mont Boron. Vous avez ces ballets de limousines de la première moitié du XXe siècle qui viennent décharger, pour une réception, leurs acteurs, et qui simulent leur entrée dans le Fort du Mont Boron, et puis vous avez le décor de l’intérieur du fort qui est reconstitué à l’intérieur des studios de la

Nous disposons, pour tout cela d’ailleurs, d’outils qui sont à la fois ces ateliers historiques des studios de la Victorine, et un outil que je souhaiterais mutualiser entre l’opéra, le théâtre et les studios, qui est la Diacosmie, et où, sans doute, nous

serions beaucoup plus efficaces, pour les trois d’ailleurs, avec un personnel de très haut niveau, très qualifié, qui fait un travail formidable, qui par exemple pour le Festival du Jazz aménage nos villages de manière extrêmement attractive, accueillante, etc.

Nous sommes dans cette logique, en sachant que si le cinéma tient en France, qui n’est pas le pays le plus performant en Europe, mais qui reste malgré tout dans le quatuor de tête, avec la Belgique, l’Allemagne, les Pays Bas, pour avoir un crédit d’impôt qui garde encore un peu d’attractivité, qui a d’ailleurs été menacé dans la dernière loi de finances. Je suis intervenu avec fermeté auprès du ministre du Budget, Monsieur Darmanin, pour lui dire : on ne va pas toucher au crédit d’impôt sur le cinéma. Et nous avions tous les syndicats et les fédérations du cinéma à nos côtés pour mener ce combat. On sait qu’au fil des lois de finances, nous pourrions voir notre crédit d’impôt dédié au cinéma remis en cause. Cela voudrait dire que l’on ne viendrait plus tourner en France. C’est un danger qui pèse malgré tout parce que nous sommes sur une situation très instable aujourd’hui. On accueille encore des tournages qui sont à notre bénéfice, nous avons une grande occupation hôtelière, une grande occupation du commerce, de la restauration niçoise par toutes ces équipes de tournage toute l’année, en même temps que nous soutenons une image et une économie.

Nous avons fait ce choix. Je me réjouis que Eric Garandeau, l’ancien président du CNC, ait accepté de présider le comité de pilotage de la Victorine. Je me réjouis d’avoir une trentaine de producteurs, d’acteurs, de metteurs en scène, etc. qui soient rentrés dans notre comité Victorine, dont pour les plus prestigieux : Costa Gravas, qui est président de la Cinémathèque française, Catherine Deneuve, qui tous deux ont accepté d’être parrain et marraine du centenaire de la Victorine, cette année. Je pourrais parler de Claude Lelouch et de bien d’autres encore, de Warner, de Pathé, de Gaumont qui se sont totalement associés à notre démarche et qui sont à nos côtés parce qu’ils croient au renouveau de la Victorine.

En même temps, nous ne voulons pas nous tromper sur le modèle économique parce que si nous accumulions des déficits importants, dans les années qui viennent, vous auriez le droit aussi de nous en faire le reproche.

J’étais avec Jérôme Seydoux, avant-hier, au siège de Pathé à Paris, pour prendre conseil et attache auprès de lui. C’est un grand partenaire pour nous, notamment avec les nouvelles salles, et celle qui vient d’ouvrir encore à la Libération. Il me dit : le modèle français des studios est fragile, et il manque un sujet important dans notre pays qu’aucune ville en France n’a traité pour l’instant, même si les Hauts de France tâtent un peu le terrain : un grand musée de l’histoire du cinéma. Sachant que nous avons plus des trois quarts des archives de la Victorine qui sont sous la possession de la Cinémathèque française, présidée par Costa Gravas qui, lui aussi, nous pousse dans ce sens parce qu’il estime que bâtir une muséographie

  • monsieur Santelli, notre directeur à la Culture m’accompagnait, il y a quelques jours et suit cela activement – que nous apporterions une véritable valeur ajoutée. C’est-à-dire faire du site de la Victorine des studios adaptés : un studio de minimum 3 000 m2, avec toutes les technologies numériques, les isolations phoniques, etc. C’est le projet qui est à l’étude pour pouvoir réaliser très rapidement, dans les deux ans qui viennent, un studio de cette dimension. Et à côté de cela, en même temps, un lieu d’accueil de tous les publics pour pouvoir, avec un petit train qui chemine à travers d’anciens décors de tournage, de Et Dieu créa la femme, de tous les grands tournages que nous avons eus depuis les Frères Lumière là-bas. Nous avons aussi, à la Cinémathèque de Nice, des archives absolument prodigieuses, où nous avons d’ailleurs un problème de stockage parce que nous avons des tonnes de bobines qu’il nous faut numériser et mettre à l’abri parce que si l’on veut garantir au moins 300 ans de préservation, il faut des conditions hygrométriques, de température, extrêmement adaptées.

C’est sur cet ensemble que nous travaillons aujourd’hui, avec des gens qui sont prêts à nous faire des dons prodigieux, dans le cadre d’une muséographie en même temps, et puis, bien sûr, brasserie, restauration, qui fassent que nous en fassions un lieu ludique et professionnel qui nous garantisse les équilibres économiques, en fonction des aléas que connaîtra le cinéma dans les décennies à venir.

Voilà globalement ce sur quoi nous poursuivrons nos études. Vous dites que le roi du cinéma est un gadget. Non ! Ce n’est pas pour moi un gadget parce que la culture à Nice, c’est aussi nos formidables carnavaliers qui vont beaucoup surprendre et beaucoup impressionner et qui ont fait, tout au long de ces douze mois, un travail formidable sur l’histoire de la Victorine, et que nous retrouverons retracée aussi bien dans les corsos carnavalesques que sur nos batailles de fleurs. Ce sera prodigieux et merveilleux. Parallèlement à cela, l’exposition de l’été, qui se déroulera sur six musées, dédiée au centenaire de la Victorine, et préparée par Jean-Jacques Aillagon, va être aussi un rendez-vous estival prodigieux. Plus d’autres rendez-vous puisque nous appuyant sur le legs de Francis Lai, de Michel Legrand, nous aurons des rendez-vous lyriques autour de ces grands créateurs de musiques de films qui, pour nous, ont des attaches profondes à Nice, et qu’il est légitime aussi que nous ayons un grande années 2019 autour de cette année du cinéma, et qui marque très clairement notre détermination et notre volonté, en même temps que la reprise en régie des studios de la Victorine, du nouveau destin que nous voulons leur consacrer.

Si vous aviez besoin d’être un peu plus rassuré, j’espère que vous l’aurez été après ces propos. Je pense avoir donné le sentiment qu’entre Robert Roux et moi-même, nous maîtrisions un peu ce dossier, et que nous n’étions pas partis à l’aventure sur ce sujet.

Sur ce, je mets donc aux voix le rapport 35.1.

La délibération n° 35.1, mise aux voix, est adoptée à l’unanimité. Dossiers 35.2 et 35.3 retirés.