Instauration d’une zone tarifaire modulée de stationnement payant sur voirie pour les résidents

Conseil municipal du jeudi 11 octobre 2018

Délibération 66.2Instauration d’une zone tarifaire modulée de stationnement payant sur voirie pour les résidents situés en zone périphérique du centre-ville et modification du périmètre du stationnement payant sur voirie

M. NOFRI.

Cette délibération vise à l’extension du périmètre de stationnement payant. Elle s’inscrit dans le cadre de la réflexion que vous avez souhaité mener, Monsieur le Maire, avec le groupe de travail spécifique à la Madeleine. C’était une attente suite au questionnaire et à la consultation publique qui ont été menés sur la Madeleine. 62 % des habitants souhaitaient le passage au stationnement payant, afin de lutter contre ce qui était devenu endémique sur cet axe, c’est-à-dire les voitures-ventouses. On en dénombrait près de 250 sur le périmètre de la Madeleine.

Donc, extension, conformément aux demandes du quartier, du périmètre de stationnement payant, avec création – cela a été votre choix – d’une zone périphérique avec un tarif périphérique, permettant un tarif mensuel et annuel plus bas, afin de tenir compte des spécificités à la fois en termes de densification urbaine et de la spécificité de ce quartier populaire de la ville de Nice.

Toujours dans le cadre de ce groupe de travail, beaucoup de demandes avaient été axées sur la création de nouvelles poches de stationnement. Nous en avons identifié plusieurs : le 117 boulevard de la Madeleine où nous avons la possibilité de créer près de 45 places. Le but étant de créer une poche à l’horizon 2021 parce que cela exige un parking en structure.

[…]

M. LE MAIRE.

Je vous remercie. Y a-t-il des interventions. Monsieur Allemand ?

M. ALLEMAND.

J’interviens sur la 66.2.

Dans les considérants de la délibération 66.1, qui annonce la gratuité totale du stationnement pour « La Belle Journée », le septième considérant précise que l’institution de la gratuité pour « La Belle Journée », par la présente délibération, permettra notamment de favoriser l’activité économique des commerçants, ainsi que le flux et la rotation en faveur des commerces de proximité, en incitant les consommateurs à s’y rendre, tout en facilitant le stationnement des usagers, et contribuera ainsi à animer les commerces et les quartiers durant cette journée.

Dans les considérants de la libération 66.2 qui vise à instaurer le stationnement payant au boulevard de la Madeleine, le septième considérant précise : considérant que, dautre part, pour favoriser les activités économiques et le dynamisme économique, la mise en place dune offre de stationnement de courte durée en centre-ville (maximum 2 heures 15) favorise la rotation et augmente dès lors sa capacité pour les visiteurs…

Vous faites dire aux mêmes considérants tantôt la gratuité et tantôt le stationnement payant. Autrement dit, tout et son contraire. Il y a quand même un malaise.

Je trouve que cest vraiment nous prendre pour des imbéciles. Nous voterons contre 66.2 pour ne pas infliger à ce secteur, le plus chargé et le plus dense de la ville au niveau stationnement et voirie, des difficultés supplémentaires.

Mme GEORGES.

Monsieur le Maire, Monsieur le Conseiller, mon intervention est de la même teneur que celle de monsieur Patrick Allemand, mais sur un ton plus taquin, une courte intervention pour terminer cette longue séance.

Lorsque nous avons voté les tarifs de stationnement et le contrat avec la société privée qui contrôle désormais le stationnement sur voirie, vous avez argué que cela favoriserait la rotation des véhicules.

Aujourd’hui, vous nous proposez une journée de gratuité en vue de – je vous le donne en mille – favoriser la rotation des véhicules.

Loin de moi l’idée de critiquer cette journée de stationnement gratuit, mais j’avoue ne pas saisir toutes les subtilités de vos raisonnements. Si, selon vous, la gratuité favorise la rotation des véhicules, comme vous le dites, alors, s’il vous plaît, étendons-la aux 365 jours de l’année. Je vous remercie.

M. LE MAIRE.

Je trouve beaucoup de subtilité dans l’intervention de madame Célia Georges.

M. NOFRI.

Je crois que ce que nos collègues n’arrivent pas à comprendre, c’est la différence qui existe entre un évènement et un système. Un événement, c’est un évènement promotionnel, c’est un instant, cela va être un produit d’appel. C’est quelque chose qui est départemental. C’est une communication qui est globale. C’est un produit d’appel pour les commerçants. Oui, ils vont pouvoir mettre « stationnement gratuit ».

Oui, lorsque nous avons créé ce système, avec la limitation à 2 heures 15, nous avons créé de la rotation. Des exemples chiffrés parce que les chiffres ne mentent pas : 0,6 voiture par place avant, 2 voitures par place aujourd’hui. Cela fait trois fois et demie plus. Et n’importe quel Niçois – et je vous invite à venir dans les CIQ parce que c’est intéressant d’écouter l’avis des Niçois, cela peut aider – vous dira que cette réforme a permis de créer des places.

Monsieur Allemand, je regrette que madame Arnautu soit partie parce que vous aviez tous les deux lancé, au moment de l’entrée en vigueur de cette réforme, une pétition qui a disparu, et je le regrette parce que l’on n’en a jamais vu le retour. Est- ce que vous aviez voulu juste faire une liste de sympathisants potentiels en préparation des élections ou est-ce que c’était véritablement destiné à nous ? Est- ce que c’était véritablement fait pour nous faire remonter le mécontentement ? Si vous ne nous l’avez pas adressée, peut-être qu’il n’y avait pas tant de mécontents que cela, peut-être que vous n’avez pas obtenu le succès que vous escomptiez.

Je crois qu’il est facile de faire du populisme sur le stationnement. C’est un sujet qui est compliqué, monsieur Allemand. Je vais prendre un exemple puisque l’on parle de la Madeleine, et puisque la délibération 66.2 en parle, vous nous dites : je ne vais pas infliger cela à ce quartier. En juillet 2017, Nice Matin s’était fait l’écho de problèmes de stationnement sur le boulevard de la Madeleine, et vous vous étiez fendu d’un post sur les réseaux sociaux : « C’est scandaleux, cette politique est inadmissible, je vais saisir l’élu au stationnement et à la circulation pour le lui dire ». J’attends toujours, plus d’un an après, ce rendez-vous.

Alors, bien sûr, on peut toujours raconter n’importe quoi et espérer que le chaland vous croie. Nous, nous travaillons, nous recevons. Toutes les semaines, je reçois. Nous travaillons avec tous les comités d’intérêt de quartier, avec tous les adjoints de territoire pour essayer de faire avancer les choses, pour essayer de co- construire.

On a construit, avec la CAPEB, le forfait professionnel mobile qui n’existait pas parce que c’était une attente des professionnels, et des professionnels de santé aussi. Nous continuerons à construire, à ajuster. Monsieur le Maire a voulu que l’on crée ce tarif périphérique.

Prenez exemple sur vos collègues du groupe écologiste qui ont demandé un rendez-vous pour ajuster. Nous sommes prêts à écouter, nous ne pensons pas avoir toujours raison, mais c’est trop facile de faire du populisme comme cela.

M. LE MAIRE.

J’ai un retour avec un taux de satisfaction extrêmement important de la manière dont nous avons un turn-over, là où il n’y avait que des voitures- ventouses et où, au début, les commerçants étaient inquiets, aujourd’hui il y a une réalité : la manière dont nous avons développé les choses sur les quartiers fait que l’on ne tourne plus 20 minutes en moyenne pour trouver une place. C’est-à-dire qu’il y avait 20 % de la circulation automobile de Nice qui étaient consacrés à tourner 20 minutes pour trouver une place en surface. C’est fini, on trouve des places. Sauf dans les quartiers où on ne l’a pas fait. Et, maintenant, dans les quartiers où nous ne l’avons pas fait, on commence à nous le réclamer là où, au début de l’année dernière, on nous demandait de ne le faire nulle part. Maintenant, on nous demande de le faire à peu près partout.

Qu’il y ait une journée qui soit effectivement un produit d’appel, je reconnais que la formulation, comme le dit madame Célia Georges, est sans doute maladroite, mais nous sommes sur un produit d’appel, et il faudra que, dans la communication pour ce produit d’appel, on le formule peut-être un peu différemment.

En tout cas, merci. Et je remercie Gaël Nofri pour le travail qu’il a fait. Nous allons continuer à avancer dans ce sens. Je suis à peu près sûr, en cette fin de séance que, malgré tout ce qui peut nous séparer les uns et les autres, dans une journée où nous avons eu des débats dans lesquels je comprends que certains aient un besoin d’existence par leurs interventions quelquefois qui essaient de titiller, de chercher le conflit, l’environnement, la mobilité sont aujourd’hui des sujets majeurs. Cela fait 10 ans que nous nous sommes attaqués à cela. Quand on a pris le point de départ où l’on a essayé de voir où nous allions à 10-12 ans, tout le monde attendait qu’en moins de 12 mois, on réponde à tout. Nous avons hérité d’une situation où nous avions la chance – je le reconnais – d’avoir une ligne de tramway. Mais, c’était peut-être l’inexpérience, et puis souvent, nous savons ce que c’est, j’ai dû quelquefois ferrailler avec des ingénieurs, avec des techniciens parce que j’avais ma part d’incompréhension sur un certain nombre de choses, et peut-être que l’équipe municipale précédente a été mal orientée. Mais, nous avons occupé, avec cette ligne 1 de tramway, de mémoire, 150 hectares d’espace public au sol, coupé des carrefours, enlevé de la circulation automobile de la chaussée, ce qui fait que nous avons durci, tout en nous étant donné une capacité très intéressante de près de 100 000 usagers/jour – je rappelle qu’au départ, c’était 60 000 – qui prennent le tramway. Je me tourne vers ceux qui, comme Micheline Baus ou André Chauvet appartenaient à la municipalité de Jacques Peyrat et ont soutenu ce projet, qui en ouvrant le parc-relais du Rouret ont été confrontés à tous ceux qui disaient : en descendant de Gairaut, en sortant par l’échangeur de Nice Nord, jamais on ne laissera notre bagnole dans le parc-relais, on continuera toujours à descendre avec la voiture dans le centre-ville. Aujourd’hui, il est plein, tant et si bien qu’il faut que l’on réfléchisse au Ray, à voir comment renforcer la capacité des places de parking- relais parce que les gens ont bien compris que c’était la solution de laisser la voiture au parc-relais et de rentrer dans Nice avec le tramway.

A cet égard, c’est un succès total. En même temps, on n’a pas eu sentiment que l’on soulageait la circulation automobile parce que, partout où l’on croise le tramway avec un feu, avec des rames qui font 44 mètres de long puisqu’on les a rallongées pour renforcer la capacité et que l’on a réussi à faire des fréquences toutes les 4 minutes et demie, 44 mètres, les normes de sécurité font que l’on n’accorde pas plus de 30 secondes pour traverser. On se retrouve donc, pour croiser Jean Médecin, avec des situations extrêmement compliquées. Barla : c’est terrifiant pour croiser la République, etc.

Nous n’avons pas donné ce sentiment, tout en faisant baisser le nombre de voitures aujourd’hui en ville. Les parcs automobiles se remplissent moins qu’avant. Par exemple, à Nice Etoile, ils ont perdu 20 % de capacité de remplissage, et ils nous demandent des autorisations pour y aménager des commerces à la place. Et pourtant, avec moins de voitures, on a l’impression qu’il y en a autant, si ce n’est plus.

Forcément, tout cela se construit sur un certain nombre d’années, en tirant les retours d’expérience.

On ne va pas ouvrir le débat sur le tramway, qui est un débat que l’on tient régulièrement au sein du Conseil de Métropole. Mais, malgré tout, imaginez qu’à cette difficulté, demain vous rajoutiez, au croisement de Jean Médecin avec le tramway, un autre tramway. Aujourd’hui, les difficultés, c’est le croisement avec les voitures. Si vous rajoutiez à ce croisement celui d’un autre tramway, vous voyez un peu le truc. Je prends cet exemple, mais je peux en prendre plein avec d’autres axes de croisement de la ville. C’est-à-dire que l’on ne réglerait pas le problème auquel aspirent tous les Niçois, tous nos visiteurs, d’oxygéner la ville, de vraiment la fluidifier. Avec les solutions que nous avons choisies – cela a pris du temps parce qu’il faut neuf ans entre les études, les appels d’offres, etc. -, on va rentrer d’un coup dans la phase où la fluidité va enfin s’organiser, grâce à la ligne 1 et grâce à la ligne 2 pour la partie en sous-sol. Un tramway qui roule à 70 kilomètres/heure sous terre : vous voyez ce que cela change ? Alors qu’aucune norme n’autorise à ce que, quand on n’est pas en site propre en surface, on dépasse 11 kilomètres/heure. On est à 11 kilomètres/heure sur la partie en surface jusqu’à Magnan et, à partir de Magnan, 70 kilomètres/heure, ce qui donne une vitesse de croisière de 23 kilomètre/heure : port, aéroport, Allianz Riviera, Ikea. On se donne donc une capacité de transport de 140 000 usagers/jour, suppression de 800 bus de l’espace public. Nous allons vraiment franchir l’étape de suppression de l’espace public. Et vous allez voir, mes chers collègues, à quel point les parkings vont se vider.

Aujourd’hui, je commence à imaginer, par rapport aux chiffres pronostics et prospectifs qui me sont donnés, que sur les trois parkings du Vieux Nice, entre le parking Saleya, le parking du Palais de Justice et le parking Corvésy, nous devrions libérer la capacité d’un parking entier. Quand on me disait, en 2014, janvier-février – cela a été un rapport de force même avec les plus brillants des ingénieurs de notre Ville, que j’adore -, nous avons huit files de circulation sur le quai des Etats-Unis, on va passer à deux files, on a supprimé six files. Qui songerait aujourd’hui à remettre les six files de plus de circulation sur le quai des Etats-Unis ? Ce qui m’amène même, aujourd’hui, à réfléchir à une seule file, avec un seul sens. Il y a quelques jours, j’ai dit : à titre expérimental, on ferme le bas de Bosio. On m’a dit : cela ne va pas marcher. En quelques jours, j’ai un nombre de retours de gens qui me disent que c’est génial. Pourquoi ? Parce que tous les gens qui venaient de Félix Faure, qui voulaient aller sur le quai tes Etats-Unis, venaient nous pourrir le Vieux Nice en le traversant. Le sens unique Félix Faure, Verdun, promenade des Anglais, quai des Etats-Unis tout doucement se met en place. Nous y allons par petites touches, sans brutaliser. Si cela ne va pas, on revient en arrière, on réessaie autre chose.

Regardez l’inversion : pour aller stationner à Corvésy, on n’arrive plus par la place Masséna, cela marche très bien. Et si, demain, grâce à la ligne 1, grâce à la ligne 2, grâce à la suppression de 800 bus de l’axe est-ouest où nous allons libérer 15 kilomètres de couloirs de bus qui seront devenus inutiles, vous vous retrouvez avec 20 % de demandes de stationnement en moins dans la ville, notamment dans le Vieux Nice, vous fermez un des trois parkings. Il faudra à ce moment-là imaginer une galerie commerciale, une salle de spectacles, je ne sais quoi. C’est un patrimoine qui appartient à la Ville. Et, en même temps, l’oxygène, la fluidité.

La politique de stationnement n’est jamais définitive, mais répond à cette période intermédiaire où l’on n’a pas tout livré. Quand on aura livré et que l’on aura mis en place tous ces systèmes, nous verrons bien comment cela a fonctionné, et nous allons peut-être réadapter encore parce que l’art de l’administration d’une Ville, c’est de faire des tests, d’essayer par petites touches, de regarder. Il se trouve que le plan que m’avait proposé Gaël Nofri, et que j’avais proposé pour le stationnement, sur cette période intermédiaire, fonctionne bien. On n’est pas dans la perfection absolue, mais on a considérablement progressé. Et les commerçants nous le disent. Il faut de la durée pour cela, avec une chance que nous avons et dont ne disposaient pas mes prédécesseurs, il y a 10, 15, 20, 25 ans : désormais, nous avons en plus des technologies de pointe, des objets interconnectés, qui nous permettent de faire des calculs prédictifs en fonction de ce qui se passe aux carrefours, la durée des feux, les énergies consommées. Avec Pierre-Paul Léonelli, nous réfléchissons aussi aux horaires de ramassage des ordures. On n’aura plus besoin d’envoyer tout le monde à 22 h, à 23 h ou à 5 h du matin parce que, de plus, nous irons au cas par cas, au coup par coup. Tout cela, c’est de la planification, mais en plus avec des éléments d’appréciation prédictifs.

Merci à ceux qui sont intervenus parce que, en fin de séance, j’ai plaisir à rentrer un peu sur ce sujet qui me passionne car l’aménagement de la cité, c’est la vie dans la cité.

Et la vie dans la cité, l’attractivité de la cité, sa cohésion économique et sociale passent d’abord par les déplacements et par la manière dont on se sent bien pour se déplacer, pour vivre en vélo, en deux-roues, en voiture, en tramway et avec tous les autres modes de transport alternatifs auquel nous réfléchissons, et sur lesquels nous travaillons aujourd’hui, qui font que l’on regarde de plus en plus Nice comme une ville extrêmement attractive. Le nombre de gens qui regardent, dans la vitrine d’un agent immobilier, sur le tracé du futur tramway, des appartements, augmente.

Je mets donc aux voix les rapports présentés par Monsieur Gaël Nofri.

La délibération n° 66.1, mise aux voix, est adoptée à l’unanimité des suffrages exprimés.

Ne prend  pas part  au vote : Robert Roux

La délibération 66.2, mise aux voix, est adoptée à la majorité absolue.

Votent contre :

  • Christine Doréjo
  • Patrick Allemand