Modalités d’organisation de la distribution alimentaire sur Nice

Conseil municipal du jeudi7 février 2019

Délibération 14.2 – Modalités d’organisation de la distribution alimentaire sur Nice – Approbation de la charte de collaboration avec le Centre Communal d’Action Sociale de Nice et les associations rassemblées au sein du réseau Inter Secours Nice.

Ci-dessous l’intervention de Patrick ALLEMAND extrait du conseil municipal

 

Mme MARTINAUX.

La délibération 14.2, qui est importante, concerne la distribution alimentaire à Nice, distribution alimentaire des personnes qui, bien souvent, n’ont pas de toit et qui sont les plus pauvres. Pour autant, nous avions commencé à essayer d’organiser au mieux cette distribution en ouvrant déjà les murs du XVe Corps, le soir, pour que ces personnes puissent manger dignement et pour permettre aux associations qui organisent cette distribution de le faire le mieux possible.

Nous avons voulu aller encore plus loin. C’est l’espace Fodéré qui a été ouvert ces jours-ci et qui permet, là encore, d’offrir un enclos abrité aux personnes qui viennent chercher ces nourritures, pour éviter de les faire manger sur le toit d’une voiture ou assises sur un trottoir. C’est un deuxième espace et, très prochainement, ouvrira le troisième espace à la place de la gare du Sud, 10 rue Reine Jeanne, afin d’offrir des locaux qui permettront aux personnes qui sont dans la rue et qui viennent chercher des aliments apportés par les associations, de manger de façon abritée et le plus dignement possible.

Bien évidemment, chaque fois qu’il y a cette distribution, c’est accompagné de travailleurs sociaux ou de bénévoles des associations qui sont très professionnels et qui font le lien social chaque fois que cela est nécessaire.

Ces distributions sont complétées par des maraudes. Il ne s’agit pas de distributions postées, mais d’équipes qui tournent parce qu’elles savent où se trouvent les personnes qui vivent dans la rue, dans leurs coins et leurs recoins. Distribution avenue Thiers et distribution rue Tondutti de l’Escarène devant l’église du Vœu, à des heures très précises.

Et, parce que nous avons voulu aller beaucoup plus loin avec ces associations, cette dizaine d’associations qui, sept jours sur sept, quasiment trois cent soixante-cinq jours sur trois cent soixante-cinq, organisent cette distribution, grâce à elles, grâce aux distributions alimentaires d’ailleurs du CCAS, du Fourneau économique, du restaurant d’entraide, c’est plus de mille repas par jour qui sont distribués, tous les jours, à ces personnes. Pour fédérer et pour organiser au mieux ces distributions, pour qu’elles soient aussi acceptées par l’ensemble de la population, pour qu’il n’y ait pas de nuisances, pour que les lieux restent propres, pour que la distribution se fasse dans des conditions d’hygiène absolument remarquables, les associations ont souhaité et ont bien sûr répondu « présent » quand vous leur avez proposé de signer une charte, cette charte d’engagement de respect des lieux, cette charte d’engagement de respect des localisations pour qu’il n’y ait pas de distribution anarchique qui ne se ferait pas dans les meilleures conditions.

C’est vraiment tous ensemble, avec les associations, que nous avons abouti à cette distribution.

[…]

M. ALLEMAND.

Monsieur le Maire, j’interviens parce que cette délibération n’est pas très claire.

Elle vise, sous couvert de garantir des conditions dignes et sécurisées de distribution alimentaire, à organiser de manière trop rigoureuse un secteur d’intervention qui demande plus de souplesse.

En effet, il est écrit dans cette délibération de manière explicite : seuls les organismes agréés par Inter Secours Nice (ISN) et par la banque alimentaire des Alpes-Maritimes sont autorisés à effectuer de manière coordonnée la distribution alimentaire en points fixes et en maraudes sur le territoire de la ville de Nice.

Mais il y a aussi de nombreuses initiatives associatives en ville qui sont impulsées par des associations qui n’appartiennent pas à cette coordination d’Inter Secours Nice et qui effectuent aussi un travail utile. Que vont-elles devenir ?

C’est la question que je pose, avec son corollaire : que vont devenir les maraudes de la place Garibaldi, celles de la gare du Sud, celles du boulevard Raimbaldi, celles de l’église du Port, et j’en passe.

De la même manière, même si ce n’est pas la finalité des maraudes, en quoi cela gêne-t-il que de temps en temps elles puissent donner quelques vêtements à des personnes qui sont dans le besoin ou qui ont froid ?

Enfin, cette délibération provoque un malaise ; on a le sentiment d’une espèce de mise au pas où il faudrait que tout le monde soit organisé de la même manière et qu’aucune tête ne dépasse. Si c’est cela, franchement nous ne la cautionnerons pas et nous ne la voterons pas.

J’attends des éléments précis de réponse sur ce point.

[…]

Mme MARTINAUX.

Monsieur Allemand me permet de rappeler la politique que nous menons dans cette ville pour la grande précarité.

Vous ne nous trouverez jamais au rendez-vous de la contemplation de la misère dans la rue et donc de donner un verre d’eau, une gamelle, une tente pour accompagner ces gens. Effectivement, notre volonté dès le départ était de les accompagner le plus dignement possible. Je ne rappellerai pas la construction de l’accueil de jour qui est un des plus remarqués sur notre territoire en France, et la construction de l’accueil de nuit pour lequel on pourrait nous reprocher le fait que ce soit un véritable hôtel particulier, et pourtant, je vous invite à venir voir ces gens et voir comment ils évoluent. Sans compter « la Goutte de lait », la rue du Cœur et autre.

Concernant la distribution alimentaire, je crois que vous n’êtes pas très bien informé, parce que c’est à la demande de l’équipe d’ISN, de Marie-Louise Fenart et de l’ensemble des associations qui étaient complètement dépitées, voire découragées quand elles voyaient en première page de certains journaux, la distribution anarchique de certaines associations quand elles, elles travaillent dans l’ombre. C’est cela le problème peut-être, elles travaillent dans l’ombre, vous ne voyez pas ce qu’elles font sur tout le territoire.

Personne n’est oublié. Déjà, rien qu’entre le SAMU social de jour et le SAMU social de nuit qui fonctionnent aussi trois cent soixante-cinq jours sur trois cent soixante- cinq, je mets quiconque au défi de nous faire le signalement d’une personne SDF au coin d’une rue qui n’ait pas été prise en compte dans la journée pour être mise à l’abri et pour l’accompagner socialement, médicalement et bien sûr en nourriture et en vestiaire.

Ce qui nous avait choqués avec le maire, c’était de voir ces gens assis sur le trottoir en train de manger dans leur gamelle. Nous nous étions dit « plus jamais cela ». Nous ne savions pas comment nous allions relever le défi. Les finances ont été débloquées, or l’obligation de les débloquer n’appartenait certainement pas à la ville de Nice. Il y avait bien d’autres partenaires dont la responsabilité du social est impactée. Pourtant, on a construit ce qu’on a construit et on décide d’aller encore plus loin. Cela n’a pas été facile de trouver des lieux d’habitation pour ces personnes. Ce n’est pas du tout les cacher. Vous voulez qu’on admire, qu’on fasse du voyeurisme sur la misère ? Nous, nous allons les chercher, nous les aidons à se laver, nous les aidons à changer leur vestiaire, nous les aidons à se soigner, nous leur donnons à manger dignement et nous les abritons. C’est pour cela qu’on a même décroché ce plan du logement d’abord qui n’était pas sur tous les territoires. Comme par hasard, nous l’avons eu et nous allons encore relever bien des défis avec cette volonté.

Personne n’est oublié, les maraudes continuent. Les maraudes, ce sont des véhicules avec les associations qui sont subventionnées pour cela. Je vous rappelle

quand même que les subventions données aux associations de solidarité dans la ville, quand toutes les contraintes nous obligent à diminuer, ont augmenté en 2019 de 9 % : en 2018, c’est 886 900 euros qui ont été distribués et, en 2019, c’est 966 800 euros. C’est donc bien la conscience que nous devons accompagner ces associations. Mais pour autant, nous voulons le faire le plus dignement possible. Je vous invite à venir voir ces distributions alimentaires, je vous invite à voir les associations, c’est elles qui ont voulu la charte, parce qu’elles voulaient être accompagnées et permettre de faire le travail d’accompagnement de leur public le plus dignement possible. Rendez-vous quand vous voulez, un soir, pour aller voir ces distributions alimentaires et ces maraudes.

M. LE MAIRE.

Je vous remercie.

Je précise qu’il y a aujourd’hui des tensions dans la ville sur la distribution alimentaire dans les rues. Bien évidemment, nous organisons les choses, comme l’a rappelé Joëlle Martinaux, avec toute la dimension humaine que nous devons y mettre et en même temps nous sommes attentifs à ce qu’il n’y ait pas une sorte d’exploitation de la misère humaine qui, forcément, laisserait penser qu’à Nice il y aurait les méchants riverains et les bons et dévoués serviteurs de la cause de la misère. C’est bien pour cela que plus la ville est elle-même en première ligne pour encadrer les choses et pour être attentive à faire un traitement très individualisé pour chacun et une prise en charge très individualisée, plus nous évitons des problèmes.

S’agissant de la distribution alimentaire dans les rues, nous avons notamment au port une association monégasque, je le dis, qui ne se comporte pas bien et qui provoque de la saleté, du stationnement anarchique. Nous avons des pétitions et même parfois des dérives communautaristes. Nous avons identifié d’autres lieux intérieurs plus dignes, abrités, avec des toilettes. C’est à la fois un plus pour les riverains et un plus pour les bénéficiaires.

Nous avons le sentiment que certains n’agissent pas qu’avec l’intention de faire le bien, mais quelque part aussi d’entretenir un certain trouble qui fait que là où nous avons la charge d’administrer avec justice et équité la cité, nous devons veiller à répondre à la fois au besoin de tranquillité publique et au besoin de dignité humaine. Les deux. Ce n’est pas l’un ou l’autre, c’est l’un et l’autre.

Je voulais apporter cette précision. Je mets aux voix ces rapports.

[…]

La délibération n° 14.2, mise aux voix, est adoptée à l’unanimité des suffrages exprimés.

Ne prennent pas part au vote : Mmes Carreau, Dorejo, Estrosi- Sassone, Ferralis, Martinaux, Saliceti-Adroguer et MM. Dejeandile, Estrosi, Guérin.