Projet « Safe City » déployé́ sur Nice et sur le quartier d’affaires de la Défense à Paris

Conseil municipal du 7 juin 2018

Intervention de Paul Cuturello

 Délibération 40.1Projet « Safe City » déployé́ sur Nice et sur le quartier d’affaires de la Défense à Paris – Convention d’expérimentation

 Monsieur le Maire,

Madame et cher(e)s collègues,

Par cette délibération, vous nous demandez d’approuver la convention d’expérimentation pour le projet Safe City porté par la société Thales représentant un consortium comprenant 13 sociétés.

Afin de connaître l’objet même de l’expérimentation proposée à la ville de Nice, il faut aller dans le document Annexe 1 à la page 23 où il est indiqué que :

« Face au développement des risques et des menaces, la filière des industries de la sécurité, le COFIS, a identifié des axes de développement de nouveaux moyens pour assurer la sécurité des villes intelligentes. » et que « Pour permettre de mieux évaluer chaque situation et pour pouvoir anticiper les incidents et les crises, il est aussi nécessaire de collecter le maximum de données existantes et d’en chercher les corrélations et les signaux faibles, c’est le Big Data de la sécurité, tout en garantissant la sécurité de ces données. »

Il s’agit d’une collecte massive de données et de leur croisement, ce qui peut éventuellement poser question quand à la protection de la vie privée.

Poursuivant la lecture du document quelle n’a pas été ma surprise de constater que, je cite :

« La possibilité de faire visiter la solution Safe City mise en œuvre à Nice est un support commercial très important dans le marketing de l’offre sur la scène internationale. »

Même mondial, que Nice soit le support marketing des ambitions commerciales des sociétés du consortium m’interpelle concernant un domaine aussi sensible. Ces ambitions commerciales sont rappelées tout au long du document :

  • Page 28 il est indiqué qu’il s’agit de « Produits, systèmes ou services susceptibles d’être mis sur le marché sur la base des résultats de la recherche. »
  • Page 41 : « Le marché qui s’ouvre en Europe (pour la société Sysnav) pourrait être de plusieurs millions d’euros par an à partir de 2020, et de plus de 60 millions d’euros par an dans le monde. »
  • Page 51 : « Comme sur tout marché naissant, il faut apporter au plus vite des innovations différenciées afin de bénéficier de la prime au premier entrant et créer un standard de fait. »
  • Page 60 : « L’objectif du consortium est d’utiliser les démonstrations réalisées avec des prototypes pour valider les concepts d’emploi des différents systèmes avec les utilisateurs et pour servir de support marketing à destination de prospects du monde entier. »

Le marketing toujours.

Cette dimension commerciale forte n’est pas de nature à me rassurer. Et cela, d’autant moins quand on voit que le principal souci du consortium est de s’assurer que la demande sécuritaire reste forte comme il l’indique lui-même page 42 où parlant des « menaces » qui pourraient interrompre le projet il s’inquiète d’ « un changement de paradigme et des politiques qui placeraient la Sécurité sur un second plan. »

Il apparaît ainsi que, pour l’intérêt commercial bien compris du consortium, la peur doit continuer de prospérer.

La recherche de dividendes n’a jamais fait bon ménage avec la protection des données des citoyens et les libertés individuelles.

Mais peut-être souhaitez-vous grâce à eux, rattraper les Chinois qui sont en pôle position sur ce secteur avec des outils pour le moins inquiétants.

La Chine disposait en 2016 de 176 millions de cameras avec pour objectif d’en installer 450 millions d’ici 2020, soit une camera pour 3 habitants !

Mais ce n’est pas tout, depuis 2014, les autorités chinoises ont instauré un carnet de note social pour chaque citoyen. Dans ce carnet figureront les notes obtenues par chaque citoyen dans tous les domaines, il y en aura des bonnes, mais surtout des mauvaises, si par malheur vous n’êtes pas d’accord avec le gouvernement en place.

Couplé à la généralisation de la reconnaissance faciale, plus aucun fait et geste n’échappera à la surveillance, on atteindrait là une société complètement sous contrôle du pouvoir.

Pour ma part, je pense qu’il n’est pas souhaitable de copier la Chine dans ce domaine.

La protection des données personnelles et les libertés individuelles sont des biens précieux qu’il nous faut préserver. Il faut veiller à ce que l’équilibre nécessaire entre libertés individuelles et sécurité soit maintenu.

La surenchère sécuritaire n’est pas bonne conseillère.

Pour toutes ces raisons nous ne voterons pas cette délibération.