Réseau Ligne d’Azur : une réorganisation trop brutale, prématurée et des ajustements à opérer en urgence

Conférence de presse des élus du groupe « Un Autre Avenir pour Nice »

Réseau Ligne d’Azur : une réorganisation trop brutale, prématurée et des ajustements à opérer en urgence

Avec la réorganisation du réseau Ligne d’Azur, ce sont 800 passages de bus environ qui ont été supprimés sur la promenade des Anglais.

Il est normal que la mise en service de la ligne 2 (L2) du tram amène une réorganisation du réseau des bus Ligne d’Azur. Le site internet Ligne d’Azur indique : « Grâce à la ligne 2 du tram, votre réseau bus-tram prend un nouveau départ dès le 2 septembre 2019 ».

Voici le slogan de Ligne d’Azur complété par une formule : « Repenser un réseau plus clair, plus lisible, plus efficace ».

Mais, une fois passés les slogans, la réalité est toute autre.

Un déficit de communication

On peut d’ores et déjà noter un déficit de communication, ou plutôt d’explications manifestes. Cela touche surtout les personnes âgées seules, sans internet. Comment peuvent-elles être informées de tous ces changements ? La fracture numérique générationnelle n’a pas été suffisamment mesurée par les équipes de Ligne d’Azur.

Quand on analyse la réorganisation du réseau Ligne d’Azur, on comprend tout de suite qu’il n’y a pas une seule ligne nouvelle. Le principe choisi a été que le tramway remplaçait le bus alors que le bus est complémentaire du tram. Il fallait compléter l’offre de transport et non la substituer.

Les lignes interurbaines interdites d’accès en ville

On note une absence de vision métropolitaine dans la réorganisation du réseau qui a été étudié uniquement sous le prisme municipal.

Toutes les lignes venant de Carros, Plan du Var et Puget-Théniers s’arrêtent au Cadam avec correspondance L2. Toutes les lignes venant de Cannes (la 200), de Vence (la 400 et la 9), de Grasse (la 500) s’arrêtent au Parc Phoenix avec une correspondance L2.

Les lignes 20 (ex ligne 52), concernant Saint-Laurent-du-Var, et 21 (ex ligne 56), concernant Cagnes-sur-Mer, se terminent au Grand Arénas avec correspondance L2.

Avant, il s’agissait de lignes semi-directes qui allaient jusqu’au centre ville sans prendre de passagers à partir de l’aéroport. Ces usagers n’étaient pas concernés par les bus de Ligne d’Azur. Ce sont de nouveaux voyageurs.

Par ailleurs, les lignes collinaires rejoignent la L2 à Ferber. Enfin, à Magnan, la ligne 6 remplace l’ancien 3 qui desservait la Madeleine, et l’ancien 22 qui desservait l’Archet, a sa correspondance avec la L2. Ce mélange de passagers urbains et interurbains va entraîner une première grosse difficulté à la station Jean Médecin de la L2. En effet, dans le sens extérieur vers le centre ville, la L2 va accueillir progressivement les voyageurs de l’interurbain venant du Cadam, du Grand Arénas, du Parc Phoenix, auquel s’ajoutent à Ferber les correspondances du réseau collinaire et à Magnan, la correspondance de la ligne 6. C’est une montée en charge progressive.

Mais, pour le retour, dans le sens du centre vers l’interurbain, tout le monde reprend la L2 au même endroit.

Il existe un risque majeur de thrombose à la station Jean Médecin de la L2, d’autant qu’en plus, la suppression des lignes semi-directes, 98 et 99, qui permettaient de rejoindre l’aéroport vont rajouter à cette même station une part non négligeable de passagers encombrants avec valises à destination des terminaux 1 et 2 de l’aéroport Nice Côte d’Azur.

Proposition n°1 :

Remettre en service les lignes interurbaines jusqu’au centre ville en attendant la mise en service de la totalité de la ligne 2 et de la ligne 3, comme c’est le cas pour la ligne 230 qui relie le centre ville à Sophia Antipolis.

Les lignes à effet tram et les lignes essentielles ne parviennent pas à masquer un appauvrissement des dessertes

Voici plusieurs exemples :

  • A La Trinité, le nouveau réseau de bus pénalise les habitants. L’actuelle ligne 6 qui relie Vauban aux Chênes Verts devient la ligne 14 mais n’est pas considérée comme une ligne à « effet tram », d’ou des dessertes moins fréquentes et moins tardives. Devant la mobilisation de nombreux Trinitaires, Christian Estrosi a finalement fait marche arrière.
  • La ligne 6, ex lignes 3 et 22, oblige à une correspondance à Magnan avec la L2 pour aller en centre ville. Or, l’ex ligne 3 desservait auparavant Carrefour TNL et le square Normandie Niemen où plus aucun bus ne stationne.
  • L’ex ligne 20 desservait la ville à partir de Saint Sylvestre jusqu’à la gare SNCF Riquier. Elle est remplacé par la ligne 18 qui ne descend plus jusqu’au Port de Nice. Par contre, l’ex ligne 16 qui desservait les quartiers est de Vauban à l’Ariane, est remplacée par la nouvelle ligne 7 qui reprend le même itinéraire, mais rallongée jusqu’au Port de Nice.
  • Le quartier de Cessole perd aussi des dessertes et n’est plus desservi que par la nouvelle ligne 8 qui remplace l’ex ligne 4. Elle va descendre Cessole, Gambetta, puis tourner avenue Maréchal Joffre où les couloirs de bus sont en cours de végétalisation. Ainsi, les bus de la nouvelle ligne 8 vont se trouver dans le flux de circulation avec pour conséquence une perte de fiabilité sur les horaires. Elle ne dessert plus la gare centrale SNCF. Dans certaines portions du trajet, la végétalisation des couloirs de bus, qui est une bonne idée, est prématurée.
  • L’ancienne ligne 7 n’est pas remplacée. Elle partait de Cessole mais desservait également les rue Pastorelli, Defly puis la gare de Riquier.

Tout cela aboutit à un appauvrissement du maillage global.

  • La zone de Riquier Arson n’est plus desservie que par un seul bus.
  • Plus aucun bus ne circule dans le secteur Raimbaldi, Lamartine, Lépante.
  • La nouvelle ligne 17 qui remplace l’ex ligne 12 ne dessert plus l’IUT de Fabron.
  • Le lycée Thierry Maulnier n’est plus desservi par le réseau Ligne d’Azur.
  • Il en est de même pour la gare centrale SNCF avenue Thiers.

Proposition n°2 :

  • Faire un certain nombre d’ajustement en urgence. Cela concerne la gare centrale SNCF (avenue Thiers), la gare de Riquier, ces deux gares étant limitées dans leur rôle intermodal, ce qui n’est pas une bonne option.
  • Revitaliser le secteur de Riquier qui est le grand perdant de cette réorganisation. Il aurait fallu attendre l’ouverture totale de la ligne 2 avec son terminus au Port pour modifier le dispositif.

D’autres ajustements seront nécessaires, notamment au boulevard Victor Hugo.

Plusieurs personnes m’ont fait remarquer que la distance entre l’arrêt d’Alsace-Lorraine et celui de Jean Médecin était importante, de l’ordre de 850 mètres. Cela pénalise considérablement les personnes âgées ou handicapées. Auparavant, le bus opérait sur la même distance quatre arrêts, assurant un meilleur maillage territorial.

Cette réorganisation fait aussi des perdants

Voici trois exemples de situations individuelles qui démontrent que le nouveau réseau peut changer la vie en mal en complexifiant les déplacements.

  • L’arrêt de la ligne 7 au port de Nice pose également problème. Une personne qui habite le quartier du port et qui travaille au boulevard Gambetta y allait auparavant en bus. Désormais, elle prend le 7, descend au terminus du port, marche ensuite rue Cassini pour aller prendre la ligne 1 du tram jusqu’à l’arrêt Nice Etoile, attend la correspondance de la ligne 2 pour sortir à l’arrêt Alsace Lorraine et prendre le 8 pour arriver à son travail.
  • Un résident de Pessicart qui voulait se rendre à Cimiez empruntait jusqu’au 2 septembre l’ex ligne 17. il lui faut désormais descendre de la colline avec le 63, prendre un autre bus, puis prendre le 33 qui l’amènera à Cimiez, soit 3 bus, ce qui rallonge son délai.
  • Une personne résidant à Saint-Antoine de Ginestière et travaillant dans le quartier du port prenait l’ex ligne 22 qui la conduisant directement à la rue Defly, d’où elle partait rejoindre le port à pieds. Désormais, elle prend la nouvelle ligne 6, puis effectue un premier changement à Magnan pour emprunter la ligne 2 du tram, un second à Jean Médecin pour en descendre à Garibaldi et terminer son trajet à pieds par la rue Cassini.

Toutes les interrogations sur la capacité de la L2 à faire face au défi de cette réorganisation ne sont pas levées

Actuellement, la L2 assure une cadence de 4 minutes 30 avec 15 rames en exploitation pour un temps de trajet d’environ 28 minutes entre le terminal 2 de l’aéroport et la station Jean Médecin.

La L2 est annoncée pour une capacité de 140 000 voyageurs par jour. Elle assure actuellement 436 trajets sur la journée de 4 heures à 1 heure du matin, soit 218 dans chaque sens. Si l’on divise 140 000 par 436 voyages, on obtient une moyenne de 320 voyageurs par trajet. Comme il est raisonnable de penser qu’il n’y aura pas 320 voyageurs par rame de nuit, cela signifie  qu’il y aura plus de 400 voyageurs aux heures de pointe entre 6h30 et 19h30. Or, la capacité maximale d’accueil d’un tram long sur la L2 est de 300 places, sans compter les valises des voyageurs.

Proposition n°3 :

Il ne faut pas être fermé à la discussion et il est possible d’envisager que certaines lignes de bus soient nécessaires en complément aux heures de pointe.

Par ailleurs, des rames supplémentaires doivent être acquises en urgence pour atteindre le cadencement initialement prévu, soit 4 minutes.

En conclusion, le groupe « Un Autre Avenir Pour Nice » ne rejette pas l’ensemble de la réorganisation du réseau Ligne d’Azur nécessaire pour fluidifier la circulation automobile et pour diminuer la pollution atmosphérique mais il souhaite appeler l’attention de la majorité sur les points évoqués ci-dessus qui, en l’absence de résolution, pénaliserait de nombreux usagers des transports publics.

Retour presse du mardi 10 septembre 2019