Demande d’ouverture d’une procédure de classement de la Villa Paradiso

Conseil municipal du jeudi 7 février 2019

3ème vœu de Patrick Allemand, Paul Cuturello et Christine Dorejo qui souhaitent que la ville de Nice se joigne aux élus du groupe « Un Autre Avenir pour Nice » pour demander l’ouverture d’une procédure de classement de la villa Paradiso.

2019-02-07-CM-Projet Voeu-Villa Paradiso

Vœu déposé par le groupe « UN AUTRE AVENIR POUR NICE »

Objet : Demande d’ouverture d’une procédure de classement de la Villa Paradiso.

M. LE MAIRE.

J’en viens au vœu n° 3, proposé aussi par votre groupe, qui demande l’ouverture d’une procédure de classement de la Villa Paradiso.

Je précise qu’elle a été construite en 1881, par l’architecte Lucien Barbet, pour en faire une villa d’agrément, qu’elle a notamment abrité le Conservatoire de Musique jusqu’en 2006, qu’aujourd’hui, le bâtiment, dans lequel mon prédécesseur, qui avait sans doute besoin de locaux pour loger notamment les services de l’Education, a occupé, avec ces services, la Villa Paradiso, y a installé aussi des Algéco pour compléter les surfaces nécessaires dans ce jardin absolument magnifique, et qu’aujourd’hui, après avoir procédé à la réorganisation des services municipaux, des transferts des compétences municipale vers des services métropolitains, de la construction en cours de l’immeuble Connexio au Grand Arénas, de la réorganisation du Plazza, du transfert de certains locaux vers d’autres pour pouvoir avoir une gestion des ressources humaines plus optimale, la Villa Paradiso n’a plus vocation à accueillir une administration dans ces conditions-là, et est un bâtiment peu adapté à une organisation moderne de services administratifs. Sans compter que nous devrons y réaliser des travaux d’entretien extrêmement lourds, importants et coûteux.

Notre projet de vente s’intègre dans la démarche engagée par la Ville et la Métropole pour réduire nos dépenses de fonctionnement, et rationnaliser les équipements et les bâtiments occupés par les services.

Le groupe technique spécialisé dans la vente du patrimoine communal s’est réuni le mardi 18 septembre et a validé, à l’unanimité des élus présents, de la majorité et de l’opposition, le principe de la mise en vente de cette villa.

Le jardin public existant ne sera pas impacté par cette démarche. Seuls les espace situés directement autour de la villa seront cédés puisque nous conserverons, pour la fréquentation du public, l’ensemble de l’espace vert et jardins publics existants. On va même restituer des surfaces qui sont occupées aujourd’hui par des Algéco, et faire des travaux de réaménagement de cet espace vert.

Au Plan Local d’Urbanisme Métropolitain dont nous avons débattu ce matin, la Villa Paradiso est identifiée comme patrimoine bâti remarquable. Le terrain est classé « jardin d’intérêt majeur ». Trois arbres sont identifiés comme remarquables. En revanche, les bâtiments annexes ne sont pas protégés comme constatables sur l’extrait de plan. La villa est une construction protégée au Plan local d’urbanisme de Nice depuis 2010 où j’avais pris cette précaution : construction n° 252.

A ce titre, sont protégés les éléments caractéristiques et remarquables : façades de l’édifice, décors, ferronneries, grand portail d’entrée (au titre des éléments extérieurs protégés). La démolition de la villa est interdite. De plus, le jardin de la villa est classé « jardin d’intérêt majeur » (JIN) au Plan local d’urbanisme, interdisant toute construction nouvelle.

La villa et son jardin sont inscrits dans le périmètre de protection de l’AVAP « aire de mise en valeur de l’architecture et du patrimoine », élaborée dans le cadre du dossier de candidature au classement au Patrimoine mondial de l’UNESCO. L’AVAP est élaborée en étroite concertation avec l’architecte des bâtiments de France et la direction régionale des affaires culturelles.

Ainsi, la Ville a d’ores et déjà pris les mesures de protection de la villa et de son jardin. Ces mesures seront confortées par la création de l’AVAP et ainsi pérennisées.

Sur cette base, je vous demande de bien vouloir retirer votre vœu.

M. ALLEMAND.

Je trouve que ce serait dommage, notamment eu égard à tout ce que vous venez d’énumérer qui montre bien l’intérêt particulier que présente cette villa.

Dans notre esprit, la question de la vente est une question que je dissocie de la procédure de classement. La demande d’ouverture de classement a été faite, et j’aurais pensé que cela aurait été bien que ce soit le Conseil municipal dans son intégralité qui la porte.

Mais, de toute manière, vu tout ce que vous avez énuméré comme mesures de protection, j’en prends acte, mais je considère que le fait de la faire classer, au contraire, est complémentaire de ce que vous venez de dire. Donc, nous maintenons le vœu.

M. LE MAIRE.

Très bien !

Mme BOY-MOTTARD.

Par rapport à ce vœu, il est vrai que la villa est protégée avec le PLU, avec tout l’environnement. Je vous ai envoyé un courrier d’ailleurs dans ce sens. Cela dit, si l’on veut obtenir le classement, qui semble difficile à obtenir parce qu’il existe déjà toute cette protection, il faut que ce soit porté par la Ville. Je ne pense pas qu’une simple demande de classement faite par une personne puisse avoir son efficacité.

Contrairement à ce que l’on pense souvent, il semblerait, d’après ce que des personnes compétentes m’ont dit, que le fait qu’un bâtiment soit classé lui donne de la valeur, cela permet de mieux le vendre et il y a plus de volontaires pour acquérir un tel bien que s’il n’est pas classé. Cela peut être un argument intéressant.

M. LE MAIRE.

Je veux préciser que, au moment où nous évoquons tout cela, Madame Gilletta a entre ses mains déjà deux offres sur la maison, qui seront examinées. Cela signifie que, sur la base du prix des Domaines, nous avons déjà deux offres qui seront examinées prochainement, et que ce n’est donc plus un problème d’incitation à la vente puisqu’il nous appartiendra d’arbitrer.

Je pense que les mesures que nous avons prises sont supérieures au classement. Maintenant, parce qu’elles sont supérieures au classement, si vous voulez voter moins, cela ne me pose pas de problème. On en fait un vœu du Conseil municipal. Je ne vais pas faire un débat et une polémique en fin de séance sur un sujet comme celui-là où s’il y a bien quelqu’un qui a pris des mesures de protection dans cette ville qui n’ont pas été prises par mes prédécesseurs, c’est bien moi. Donc, au contraire, d’affirmer un peu plus que l’on y est attaché ne me pose aucun problème.

Je vous proposais de retirer le vœu parce que nous avons tellement pris de mesures au maximum pour que, à aucun moment, il ne puisse être porté atteinte à quoi que ce soit de ce patrimoine, que nous sommes au sommet du sommet. Maintenant, si vous voulez voter une mesure de plus qui ne sera qu’une mesure d’affichage et qui ne rajoutera rien, vous maintenez ce vœu. Je propose au Conseil municipal de le faire sien.

M. ARAL.

Je vais dans votre sens, Monsieur le Maire. Si l’on a mis sur le marché cette villa, on ne peut pas l’inscrire aux monuments historiques parce que ce serait fausser le marché.

M. ALLEMAND.

Ce n’est pas ce qu’il a dit.

M. ARAL.

J’ai lu vos pensées. J’ai compris ce que vous vouliez dire. En revanche, là où je suis étonné puisque vous avez dit que vous aviez deux offres…

M. LE MAIRE.

Ma seconde adjointe me disait que vous aviez beaucoup de bol de lire dans mes pensées. Je ne sais pas ce que cela signifie.

M. ARAL.

Elles sont très noires, mais j’y vois un peu de clarté, de temps en temps.

Vous avez dit qu’il y avait deux offres et que la fin du délai des offres d’achat est le 31 janvier. Je trouve que c’est très court puisque l’on a mis ce bien en vente au dernier Conseil municipal. Je pense qu’il faudrait donner plus de délais pour qu’il y ait plus d’offres. Je pense que c’est un bien d’exception et qu’il ne faut pas le brader. En plus, je n’ai pas l’impression que la publicité ait été bien faite. Soyons sérieux ! C’était sur Le Bon Coin ! Vous voyez une villa de 7 millions sur Le Bon Coin… Il faudrait faire une belle publicité dans les revues de prestige immobilier, des magazines internationaux.

M. LE MAIRE.

Cela a été fait.

M. ARAL.

Je ne l’ai pas vu. J’ai vu Le Bon Coin : cela m’a bien fait rire. Je trouve que le 31 janvier est un peu court. J’espère que l’on ne prendra pas de décision uniquement sur deux offres et que l’on donnera plus de délais à des repreneurs potentiels qui sont plus intéressants.

M. LE MAIRE.

Ce n’est pas le débat.

M. ARAL.

C’est vous qui avez dit qu’il y avait deux offres. Je rebondis dessus.

M. LE MAIRE.

Je vous le dis à titre indicatif. Après, il y a une commission dédiée à cela qui les examinera, et nous verrons bien ce qu’elle dira.

Aujourd’hui, Monsieur Allemand aurait une immense satisfaction à voir que nous rajoutions, à toutes les mesures que nous avons prises, une demande de la municipalité dont je ne suis pas convaincu que l’architecte des bâtiments de France y accède parce qu’il y a des patrimoines d’un niveau plus élevé en qualité qui, pour autant, ne sont pas classés. C’est pour cela que je ne suis pas convaincu que nous y parvenions. Et, justement pour cette raison, j’ai choisi de prendre des mesures extrêmement fermes pour qu’à aucun moment, il ne puisse être porté atteinte à ce patrimoine.

Dans la transaction entre Lenval et Bouygues, quand j’ai essayé de sauver Costanzo, j’y suis parvenu. Pourtant, on ne peut pas dire que ce soit d’une valeur patrimoniale exceptionnelle. Mais, il appartient à l’histoire d’un quartier.

Pour Saint-Roch : malgré nos demandes de classement, nous n’avons jamais obtenu quelque signe que ce soit de l’architecte des bâtiments France, et cela m’a donc décidé d’en faire l’acquisition. Sans cela le CHU l’aurait vendu à n’importe quel spéculateur foncier, avec la démolition de la façade, du péristyle, etc. Le seul moyen de le sauver était que nous en fassions l’acquisition nous-mêmes.

La liste est longue. On pourrait faire référence au Palais de l’Agriculture que mon prédécesseur voulait démolir, et où j’ai financé la réfection de la façade parce que l’architecte des bâtiments de France ne voulait pas classer le Palais de l’Agriculture.

Je pourrais vous parler de la Villa La Luna où la propriétaire koweitienne aurait bien aimé faire une affaire avec un immeuble de 5-6 étages, voire plus, et où j’ai engagé des procédures pour préserver la Villa La Luna par rapport à son histoire, en sachant parfaitement que, jamais, l’architecte des bâtiments de France ne prendrait quelque mesure que ce soit pour le la classer.

Ici, nous avons pris toutes les précautions nécessaires. C’est intouchable. Mais, simplement, à l’occasion de ce Conseil municipal de début d’année, si cela vous fait plaisir, je propose que cela devienne le vœu du Conseil municipal adressé à l’architecte des bâtiments de France et au ministère de la Culture, et que nous votions le plus largement possible ce vœu.

Mme BOY-MOTTARD.

Je voudrais dire qu’actuellement, en pleine candidature pour l’UNESCO qui valorise notamment le patrimoine Belle Epoque, il pourrait paraître paradoxal de ne pas tout faire pour cette Villa Paradiso.

M. LE MAIRE.

Dites-vous une chose : le classement au Patrimoine de l’UNESCO ne se jouera vraiment pas là-dessus.

M. BETTATI.

Si le ministère accepte ce vœu, cela risque de plomber la vente qui est engagée.

M. LE MAIRE.

Cela ne changera absolument rien puisque je le redis : les mesures de préservation que nous avons prises ne permettent pas que l’on touche quoi ce soit aux façades, au portail, à l’environnement de proximité et aux accès.

M. BETTATI.

Quelqu’un de mauvaise foi pourrait dire que, entre l’annonce de départ et là, il y a eu un changement.

Mme GILLETTA.

Un classement aux monuments historiques ne me gêne pas. C’est un plus, peut-être. Je ne sais pas. Je trouve que c’est un peu superfétatoire vu tout ce qui a été fait autour. Mais, je pense aux deux offres que nous avons reçues, que nous allons ouvrir le 15 février, à un moment où cette villa n’est pas classée ; il n’y a pas eu de demande de classement. Il y a quelque chose qui me gêne un peu.

Je veux préciser aussi que, au niveau de la publicité, elle a bien été faite à tous les organismes, à Résidences immobilières – il n’y a pas que Le Bon Coin : cela a été amusant, on a jeté cela comme cela -, et qu’elle a été rallongée d’un mois tout à fait exceptionnellement. Il y a quand même eu une publicité qui a été faite pendant plus de deux mois, et des offres qui en ont bénéficié.

Simplement, j’aimerais que l’on ne change pas les conditions puisqu’il y a des conditions de transparence et d’impartialité, et que les candidats doivent tous être sur le même plan d’égalité.

M. LE MAIRE.

J’accède à la demande de mon adjointe en charge de ce dossier, qui me paraît empreinte de sagesse. Je propose que nous mettions en place une commission ad hoc qui examinera si cela pourrait changer ou pas les conditions de vente et du marché, et si cela apporte un plus ou un moins par rapport aux mesures de préservation que nous avons prises.

Sur cette base, Monsieur Allemand, maintenez-vous votre vœu ?

M. ALLEMAND.

Oui, je le maintiens parce que je pense que vous êtes sur la bonne voie, Monsieur le Maire.

M. LE MAIRE.

Maintenez-le ! Je le mets au vote.

Le vœu, mis aux voix, est rejeté à la majorité des suffrages exprimés.

Je mets donc en place cette commission ad hoc à laquelle tous les groupes seront associés pour que nous examinions la situation et que nous prenions les mesures les plus justes et les plus équitables.

Je retiens donc qu’il y a la voix de Madame Dorejo et de Monsieur Allemand.

M. ASSO.

Je veux simplement poser la question de savoir si elle est inscrite au PLU. C’est un acte réglementaire qui dure 10 ans, il peut être révisé avec une autre majorité municipale. Je crois profondément qu’il faudrait que nous ayons également une réflexion sur les exigences d’une procédure en cours de classement, ne serait-ce que pour expliquer après que l’on a fait une comparaison entre les avantages respectifs parce que celui qui acquiert une maison classée – cela dépend si c’est à l’inventaire ou pas-, a des avantages avec la loi Malraux en termes de défiscalisation. Ce n’est pas parce que tu veux la classer pour des raisons de préservation, c’est aussi un avantage pour l’acquéreur qui peut faire de la défiscalisation.

M. LE MAIRE.

Oui, si ce n’est que l’AVAP se superpose au PLU, et donc ne permet pas, au-delà de la servitude de 10 ans, de remettre en cause et d’amender le PLU. L’AVAP, c’est supérieur à un classement au patrimoine historique. Ce que propose Monsieur Allemand est inférieur aux mesures que nous avons prises. Nous sommes passés au vote, il y a eu 3 voix.