Attribution d’une subvention au profit de la Fondation du Patrimoine pour la reconstruction de Notre Dame de Paris

Conseil métropolitain du lundi 20 mai 2019

Délibération 0.1Attribution d’une subvention au profit de la Fondation du Patrimoine pour la reconstruction de Notre Dame de Paris

M. LE PRÉSIDENT.

Il s’agit d’une subvention au profit de la Fondation du Patrimoine pour la reconstruction de Notre-Dame de Paris. Comme beaucoup de communes, à titre individuel dans la métropole et partout en France, je vous propose que la Métropole apporte une contribution à la reconstruction, à la restauration de Notre-Dame de Paris, et que nous prenions pour critère 1 € par habitant de la métropole ; ce qui, en même temps, nous permet de dire à l’ensemble de nos administrés qu’ils sont associés à concurrence de 1 € chacun.

C’est donc à la fois au nom de notre assemblée, de notre établissement public et de nos administrés que je vous propose que nous prenions cette décision, ce qui nous conduirait, par rapport au nombre d’habitants recensés, à porter une contribution de 544 819 €.

Y a-t-il quelqu’un qui souhaite intervenir ? Madame Boy-Mottard ?

[…]

M. LE PRÉSIDENT.

Merci, Gaël Nofri. Oui, Monsieur Allemand.

M. ALLEMAND.-

Je serai beaucoup moins long que mon prédécesseur. Je voulais simplement partager, comme tout le monde, le fait qu’il y ait eu une véritable émotion qui a gagné la communauté nationale, mais aussi internationale, parce que Notre-Dame appartient au patrimoine universel.

Après les déclarations du Président de la République, exprimant la volonté de la nation de reconstruire l’édifice, un immense élan de solidarité s’est emparé du pays, et les dons ont afflué de toutes parts. La souscription nationale a rassemblé 884 M€, dont 66 millions venant des collectivités locales. Les dix principaux donateurs représentent à eux seuls 700 millions de dons. C’est ce qui a conduit la Fondation du Patrimoine à d’ores et déjà arrêter cette collecte.

Dans un débat tout à fait dépassionné, je veux vous dire la chose suivante : aujourd’hui, voter une somme de 500 000 € n’est que symbolique. J’ai envie de vous dire que ce dossier est trop gros pour nous et qu’il arrive un peu tard sur la table. Je pense qu’il faudrait retirer cette délibération. Si vous la mainteniez, vous avez compris que nous aurions un vote différencié. Mais, nous pensons que, au niveau de la Métropole, la proposition que nous portons, par l’intermédiaire d’un vœu à débattre en fin de séance, fait plus de sens par rapport à l’échelle et au fait qu’elle s’adresse à la rénovation de notre patrimoine métropolitain auquel je vous sais attaché, et qui mérite toute notre vigilance.

M. LE PRÉSIDENT.

D’accord ! D’abord, il faut replacer les choses dans leur contexte. Lorsqu’il est demandé au président de l’exécutif, qui a consulté un  certain nombre de maires de la métropole, 48 heures après l’incendie, alors que l’on ne savait pas ce qui serait mobilisé, ce que nous entendions faire, j’ai dit clairement que notre rôle, notre responsabilité morale de citoyens français, d’élus de la république, d’élus de la nation des lumières, héritiers de ces bâtisseurs de cathédrales, de ces compagnons du devoir, était d’apporter notre contribution. J’ai interrogé quelques maires, sachant que nous avons cette disparité. Pour la Ville de Nice, je dirais que voter 50 000 ou 100 000 €, même si c’est toujours difficile et qu’il faut être très attentif à la gestion de nos budgets, ou pour celle de Cagnes-sur- Mer, voter 30 000 ou 40 000, ou celle de Saint-Laurent, voter 20 000 ou 30 000, mais sur nos 49 communes, il y en a pour lesquelles même voter 3 000 € était difficile. Et je me suis dit qu’au fond, à travers la Métropole, permettre à chaque commune d’apporter une contribution de 1 € par habitant, était la manière la plus juste et la plus équilibrée. Et je ne vous cache pas qu’à travers Monsieur Marqués qui est le délégué général de la Fondation du Patrimoine dans notre département, dans ce qu’annonce aujourd’hui la Fondation Nationale du Patrimoine, notre engagement est pris en compte. Sachant que certains se rétractent et que d’autres demeurent, et donc cela, c’est sur la forme, tout simplement.

Donc, est-ce que nous devrions nous rétracter aujourd’hui en disant : vous nous comptiez parmi les contributeurs, mais après tout, le temps est passé, on voit que c’est un sujet qui suscite beaucoup moins d’intérêt ? Ou au contraire, nous poser la question. Je ne vous le cache pas, c’est vraiment idéologique. Autant nous avons des débats de confrontations financières sur l’analyse des chapitres, des comptes, des ceci, des cela, de temps en temps il y a une confrontation idéologique. On aurait pu, si le débat n’avait été posé que sur « Est-ce utile ou pas ? Est-ce que l’on va apporter une pierre à l’édifice ou pas ? », au fond, avoir ce débat. Même si, quand on a pris un engagement, il peut y avoir une majorité qui se dégage pour le rejeter. Mais, certains d’entre vous ont souhaité aujourd’hui ouvrir un débat idéologique. Alors, c’est un débat idéologique contre un autre débat idéologique. Et là où je ne fais jamais de politique politicienne ici, pour moi cela fait partie de la noblesse de la politique dans ce qu’elle a de grand et de noble, je me sens un héritier des cathédrales. J’appartiens à une famille d’immigrés issus de la même civilisation judéo-chrétienne, venant d’Italie, et nous avons adhéré à un pays qui a bâti et lancé la construction sous Louis VII en 1160, je crois, d’un monument qui est devenu un symbole de la chrétienté, donc un symbole de notre civilisation, bien avant que Christophe Colomb ne découvre les Etats-Unis. Et pour moi, c’est de cela dont il s’agit.

Est-ce que je me reconnais, en tant que responsable public, en tant qu’élu de la république, en quelqu’un que l’on a désigné simplement pour être un gestionnaire d’une économie locale ou aussi pour défendre l’idéal national, l’idéal de  civilisation, l’idéal européen dans lequel je me reconnais ?

Bien sûr, nous sommes deux mois après, on voit à quel point on est dans une société d’immédiateté, qui n’est pas capable aujourd’hui de regarder une ligne d’horizon. Je réunirais cette assemblée le lendemain de l’incendie de Notre-Dame où personne n’avait de mots, suffisamment de larmes à verser, d’émotion à traduire dans chacun de ses discours, de ses propos tenus, en famille, collectifs ou en public, pour dire que c’était le choc moral le plus fort qu’il ait pu connaître de sa vie, avec l’effondrement des tours du World Trade Center, et sans doute encore plus par rapport à l’histoire du monument. Et puis, nous sommes deux mois plus tard : plus d’émotion, plus rien, tout cela a disparu.

Pour moi, la France, elle ne s’efface pas comme cela, l’Europe ne s’efface pas comme cela. Ce que des gens ont dessiné pour que nous soyons aujourd’hui ceux qui sont détenteurs de la chose publique, dans une grande démocratie, cela ne s’efface pas comme cela. Et, au plan idéologique, je demande à ce que le conseil de métropole témoigne que l’idéal qu’il défend pour notre territoire, c’est aussi cette référence au monument le plus emblématique de l’héritage de civilisation dont nous sommes et auquel nous appartenons.

Vous pouvez avoir cette légèreté, pour certains d’entre vous, dans vos propos, cette banalisation, voire même ces propos de comptoir de bistrot, mais effectivement nous ne partageons aucune valeur, mais alors vraiment aucune. On peut discuter des petites pâquerettes, des renoncules de Parnassie au sommet de Chastellares,  au sommet de la station d’Auron, pour retarder la construction d’une remontée de télécabine : ce ne sont pas des valeurs par rapport aux valeurs que je défends.

Et donc, en tant que président de notre métropole, je maintiens coûte que coûte ce rapport. Je serai très intéressé de voir ceux qui seront capables de regarder tous nos administrés en maintenant leurs propos. Et je dois dire que, même si nous échangeons des propos quelquefois un peu rudes avec Benoît Kandel, je me reconnais dans les paroles qui ont été les siennes. Sur ces valeurs-là, nous nous retrouvons pleinement, cher Benoît Kandel, et je vous remercie de les avoir tenues avec autant de dignité et de hauteur.

Voilà ce que je voulais apporter en réponse. Je vais soumettre au vote.

Pour le reste, il est dit très clairement dans le rapport, Monsieur Aral, « données Insee 2018 des communes membres », ce qui donne très exactement un calcul de 544 819 €. Donc, je propose que nous le rajoutions en chiffre très clairement dans le rapport pour que celui-ci ne soit pas contesté, et je vous propose de le mettre au vote.

[…]

La délibération n° 0.1, mise aux voix, est adoptée à la majorité absolue.

  • Votent contre : M. Decoupigny – M. Aral (pouvoir de M. Domergue).
  • S’abstient : Mme Boy-Mottard.